Le Togo, petit pays de l’Afrique de l’Ouest, a été l’un pays de cette partie de l’Afrique, à adopter des mécanismes pour lutter contre la disparition des espèces animales sauvages. Mais, cette mesure de protection a été mal assimilée par les responsables sécuritaires et politiques qui régentaient le pays. Et, dans les années 90, les populations ont joué sur la crise politique, pour détruire la faune et la flore. Beaucoup d’espèces emblématiques ont disparu, et aujourd’hui, toutes les procédures adoptées pour régénérer la faune sont restées sans suite. D’abord à cause de l’indifférence de la population, ensuite par une population très corrompue et aussi l’inertie des autorités et d’une société civile complice.  

Histoire de la protection de la faune au Togo

C’est au cours de la période 1972-1987, que la question sur le domaine réservé pourla protection de la faune, a fait surface. «Le Togo, de par sa position géographique, s’étirant de la côte au nordsur une distance de 600 km environ, est traversé par plusieurs zonesclimatiques entre les tropiques du Cancer et du Capricorne. Il est, de cefait, un pays de diversités et de variétés. Ses belles forêts et galeries forestières,ses vastes savanes boisées et herbeuses étaient peuplées d’une fauneabondante et diversifiée. Mais aujourd’hui, ses richesses fabuleuses ont,presque disparu. Fini le “No man’s land” dont la traversée faisait frémirle voyageur non averti, dans la crainte d’une rencontre fortuite avec les hordes d’antilopes, de singes, de la gent ailée et de grands fauves.», disait un ancien ministre du régime.

Pourtant, il est à noter que le souci de protéger la faune et la flore au Togo remonte à l’èrecoloniale. En effet, les Allemands, qui eux-mêmes adorent la verduredans leur propre pays, avaient déjà conçu un plan cohérent de développementet de protection de la flore et de la faune au Togo.

Dans la même veine d’idées, et en vue de «protéger et d’utiliserrationnellement les ressources offertes par les espèces végétales et animaleset le milieu naturel en général,le Togo s’est doté, dans les années 1970,de deux grands Parcs nationaux :Le Parc national de Fazao-Malfakassa, créé en 1975, par le regroupementde deux forêts classées depuis 1951, couvre en 1987 environ192 000 ha. Situé dans le centre du pays dans les reliefs de la chaîneatakorienne, ce Parc est le seul d’Afrique de l’Ouest à être « représentatif d’un écosystème semi-montagnard tropical humide. Le Parc national de la Kéran, créé en 1971 à partir d’une forêtclassée en 1950, a connu une extension en 1975-1976, portant sasuperficie à 163 600 ha, puis s’est encore agrandi en 1981-1982pour atteindre en 1987 une superficie totale de 179 550 ha, dont50 470 ha en réserve de chasse 27 hectares Situé dans le nord du Togo,ceParc est, en revanche, représentatif des milieux de savanessubsoudaniennes.

La crise politique et la dérive

Dans les années 90, la démocratie mal assimilée, a fait basculer le pays. Les dirigeants d’alors ont utilisé des moyens draconiens pour museler la population togolaise. Et, quand le vent de l’est a soufflé, les populations ne se sont pas fait prier pour détruire tout ce qui est parcs nationaux et réserves naturelles. Certaines espèces ont complètement disparu, pourtant le Togo a adopté des textes nationaux afin de protéger les espèces sauvages menacées de disparition. aussi, le pays a ratifié presque tous les accords sur la protection de la faune et de la lutte contre corruption. Mais, tous textes nationaux et internationaux n’ont jamais été appliqués par les autorités en charge . Plutôt, les différents gouvernements se sont murés sans lever le petit doigt pour dire halte à la destruction de la faune. Ensuite et surtout, le port de Lomé, est devenu une plaque tournante dans la sous-région ouest-africaine où les cargaisons d’Ivoires, de serpents, de torture ou même de caméléons transitent pour pourdésservir d’autres pays du monde notamment ceux d’Asie. Il a fallu attendre l’année 2012, pour que les autorités togolaises, sous l’impulsion  du réseau EAGLE, d’Interpol et du secrétariat international CITES, prennent à bras le corps cette question de trafic illicite des espèces animales ou de leurs specimens suite à une série de saisie des tonnes d’ivoire en Asie en provenance du port autonome de Lomé. Les tests ADN et analyses d’isotopeeffectués sur les 700 Kg et 4 tonnes d’ivoire saisis respectivement en août 2013 et janvier 2014 au port de Lomé ont permis d’identifier l’origine des produits ivoire qui passent par leport de Lomé.

 

Il s’agit d’une petite révolution en matière de lutte contre les réseaux de trafiquants de faune, les tests ADN sur les défenses d’éléphants. Le Togo a donc expérimenté cette nouvelle méthode initiée par EAGLE et financé par l’ambassade des Etats-Unis au Togo en 2013 puis reprise par une équipe d’experts d’Interpol. En effet, entre le 27 février et le 8 mars, des tests ADN ont été effectués sur un échantillon de 200 défenses saisis en 2013 et 2014 puis transmis à un laboratoire situé à Washington. Ils devraient permettre de détecter l’origine des défenses et l’âge des éléphants tués. Des informations utiles pour la justicetogolaise. Selon les premiers résultats, il s’avère que les défenses d’éléphants proviennent essentiellement d’Afrique de l’ouest et d’Afrique centrale (Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Liberia, d’Afrique centrale, Cameroun, Congo, Gabon, Centrafrique, RDC). Tous ces pays devraient être informés sur les investigations menées par Interpol et les autorités togolaises afin d’instaurer une coopération sous régionale de lutte contre le braconnage.

Les plus grosses saisies d’ivoire ont eu lieu en janvier dernier au port de Lomé, 3,8 tonnes dans des conteneurs en partance pour le Vietnam. Le Togo est considéré comme une plaque tournante du trafic d’ivoire vers l’Asie. Le pays a même été alerté par plusieurs pays asiatiques qui ont saisi des stocks d’ivoire en provenance de Lomé. Les chiffres sont inquiétants, entre 2012et 2014, plus de douze tonnes  d’ivoire ont été saisies et confisquées.

Les éléphants menacés de disparition

Au Togo, le commerce international de l’ivoire est interdit par la Convention sur le Commerce International des espèces de Faune et de Flore Sauvages menacées d’extinction (CITES), le nouveau Code pénal, le Code forestier…Mais en raison d’une forte demande au Moyen-Orient et en Asie, le trafic illicite de faune reste une pratique courante. En juin 2013, la police a saisi plus de 700 kg d’ivoire dans une boutique de Lomé.

Les autorités togolaises ont pris la mesure de l’urgence face à cetrafic et ses conséquences sur la survie des éléphants et la sécurité des populations. Outre le recours aux tests ADN et analyses d’isotope, elles intensifient les contrôles à l’exportation notamment à l’aéroport et  les conteneurs au port de Lomé et multiplient les contrôles inopinés dans les boutiques de la capitale togolaise. Selon la CITES, 20% des éléphants d’Afrique pourraient disparaître si le trafic se poursuit à ce rythme. Entre 22 000 et 25.000 éléphants sont tués chaque année, soit plus de 60 par jour. De 10 millions en 1900, la population des éléphants d’Afrique a chuté à 1,2 million en 1990 et ils ne sont plus que quelque 500.000 aujourd’hui, selon des défenseurs de l’environnement.

Rappelons que 6,34 tonnes d’ivoire ont été saisies en  Malaisie le 10 décembre 2012 et 2,181 tonnes le 18 juillet 2013 à  Hong Kong.  Les objets saisis étaient partis du Port Autonome de Lomé.  L’Afrique centrale se trouve être la région  de provenance de ces objets illicites qui transitent par le Port Autonome de Lomé  à destination de l’Asie. (Nicolas).